Recrutement : les jeunes pénalisés par l’IA

Dans les métiers où l’IA est très utilisée, les embauches des moins de 30 ans reculent alors que celles des autres tranches d’âge ne sont pas affectées, précise une étude d’HEC et de la Banque de France.

On pressentait que l’IA pourrait affecter le marché du travail, une récente étude publiée par la Banque de France vient le confirmer. Et, une fois encore, les jeunes sont les plus touchés. Pour élaborer ce travail, les chercheurs du Laboratoire de l’innovation et du futur du travail d’HEC se sont intéressés aux métiers les plus impactés par l’arrivée de l’IA. On y retrouve les métiers administratifs, ceux de l’information, de la gestion, de l’informatique mais aussi de l’accueil et du suivi client.

Moins de jeunes embauchés…

Dans ces métiers, les nouvelles embauches en CDI et les fins de contrats ont été suivies entre 2019 et 2026, ce qui a fait apparaître un décrochage du volume d’embauches, entre le mois de novembre 2022 (sortie de ChatGpt) et le mois de mars 2026, de 28 % chez les 21-29 ans (contre -8 % dans les métiers les moins exposés). « En niveau, cela représente environ 6 200 embauches en CDI en moins par mois dans le quintile le plus exposé », précisent les auteurs de l’étude.

Chez les 30-39 ans et les 40-49 ans, l’écart est plus atténué et presque inexistant chez les salariés de 50 ans et plus.

… et moins de départs

Globalement, même s’il est moins marqué que pour les embauches, on note également, sur cette même période de référence, un recul des fins de contrats dans ces métiers. Chez les 21-29 ans, il atteint 23 % contre -6 % dans les métiers les moins exposés à l’IA.

Ce résultat peut sembler incohérent mais il traduit, en fait, l’attentisme des entreprises face au développement d’un phénomène dont elles ne mesurent pas encore toute la portée et celui des jeunes salariés qui hésitent davantage à démissionner de peur de ne pas retrouver rapidement un emploi.

Le gel des embauches étant tout de même plus fort que celui des fins de contrats, il débouche à la fois sur une moindre rotation de la main-d’œuvre et sur un affaiblissement du renouvellement des effectifs. La perte mensuelle de postes de salariés est estimée à 2 700 par rapport au mois de référence (novembre 2022).

Une inquiétude pour l’avenir

La baisse des flux de recrutement des jeunes, au-delà des difficultés d’accès au marché qu’elle crée, soulève, pour les auteurs de l’étude, la question de la relève dans les entreprises. « Les postes de début de carrière sont ceux où s’acquièrent, par la pratique, les compétences des cadres et des dirigeants de demain ». Limiter leurs recrutements en faisant le choix d’automatiser leurs missions grâce à l’IA, c’est prendre le risque de réduire la capacité de produire des entreprises sur le long terme. Une question à laquelle ils appellent les dirigeants de ces structures à réfléchir.

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