Aider les professionnels de santé à orienter les patients

Léonie Schröder et Bryan Boulé ont développé un dispositif médical dédié à l’évaluation des lésions cutanées pigmentées par IA. Interview de Léonie, CEO et cofondatrice de la start-up HUVY.

Comment l’aventure de HUVY a-t-elle débuté ?

Léonie Schröder : l’idée émane de mon associé Bryan Boulé, spécialisé en IA. Motivé par une raison familiale de retard de diagnostic de mélanome, ce dernier a participé à une compétition mondiale de reconnaissance visuelle de mélanomes. Son algorithme d’aide à la décision s’est classé parmi les meilleurs au monde. Il m’a alors proposé de rejoindre l’aventure. Également ingénieure en informatique et en quête de sens pour ma carrière, le cas d’usage concret m’a tout de suite convaincue.
Le Pr Lise Boussemart, onco-dermatologue au CHU de Nantes, s’est ensuite associée à nous. La start-up a été créée en 2021 avec pour ambition d’apporter une réponse concrète au problème d’accès aux dermatologues en qualifiant les patients présentant une lésion suspecte.

Concrètement, comment fonctionne le dispositif ?

L. S. : il s’agit d’un logiciel destiné aux professionnels de santé qui comporte un système de test par IA (propriétaire). Le logiciel est compatible avec n’importe quel type de dermatoscope (lentille rétroéclairée ou caméra dermatoscopique USB) qui permet la capture d’une photo d’une qualité suffisante pour une analyse fiable. Le logiciel interprète ensuite la lésion et qualifie le risque associé pour aider le professionnel de santé à proposer une prise en charge adaptée à chaque patient. Il affiche un feu vert si elle est à surveiller mais ne présente pas de risque particulier de mélanome, un feu orange s’il y a une incertitude sur le niveau de risque requérant l’avis d’un dermatologue, et un feu rouge s’il y a urgence à consulter un dermatologue car le risque de mélanome est avéré. La photo est ensuite enregistrée dans le dossier du patient et un compte-rendu lui est remis. Nous ambitionnons à terme de pouvoir également transférer ce compte-rendu vers Mon espace santé.

Votre dispositif médical est le premier à être marqué CE de classe IIB en Europe. Qu’est-ce que cela signifie ?

L. S. : notre logiciel appuie la décision du professionnel de santé d’orienter ou non le patient vers un expert de la peau, le dermatologue. Nous avons mené des études cliniques qui nous ont permis de prouver l’efficacité de notre logiciel, qui nous valent un statut règlementaire IIB. Nous avons été les premiers de notre catégorie en Europe à obtenir un marquage CE début 2025, c’est-à-dire une autorisation de commercialiser notre produit. Notre produit est donc fiable et ambitionne de se glisser en amont de tous les parcours de soins possibles.

À quels professionnels de santé s’adresse-t-il ?

L. S. : il a été conçu principalement pour des médecins généralistes et des pharmaciens, mais aussi des paramédicaux. Chaque professionnel de santé est formé à notre logiciel, via un e-learning rapide et complet pour s’assurer de la bonne utilisation. Il peut ensuite orienter le patient au besoin vers un dermatologue qui pourra établir un diagnostic définitif de la lésion. Si, dans un premier temps, nous avons contacté de nombreux professionnels de santé pour leur présenter notre dispositif et l’améliorer, nous souhaitons désormais accélérer notre déploiement via des partenariats de distribution afin de nous concentrer sur notre cœur de métier : le développement de logiciels dispositifs médicaux.

Qui sont vos partenaires ?

L. S. : nous avons à l’heure actuelle des partenariats de référencement avec certains groupements de pharmacies qui cherchent des solutions valables et pérennes. C’est le cas, par exemple, de PharmaVie, Ceido, BePharma qui mettent en avant HUVY comme dispositif d’aide à l’orientation auprès de leurs adhérents.

Quel est votre modèle économique ?

L. S. : il repose sur la vente d’un abonnement avec des licences individuelles pour les professionnels de santé en ville et des packages d’abonnement avec une part variable en fonction du nombre de patients suivis pour les hospitaliers. La prochaine levée de fonds doit notamment nous permettre de démontrer la valeur médico-économique de notre solution pour demander une prise en charge par la Sécurité sociale.

Comment vos outils aident-ils les patients à trouver le bon niveau de prise en charge ?

L. S. : on a la conviction que le patient est un acteur de sa propre santé, mais qu’il y a beaucoup de désinformation sur la dermatologie. Certains patients renoncent, d’autres consultent des dermatologues alors qu’ils n’en ont pas besoin. Nous avons un rôle à jouer pour fournir le bon niveau d’infos aux bons patients et participer ainsi à désencombrer les files d’attente.

En quoi votre approche se distingue-t-elle des solutions présentes sur le marché ?

L. S. : les professionnels de santé sont de plus en plus attentifs à la certification des dispositifs médicaux qu’ils utilisent. Dans ce contexte, la conduite d’études cliniques est devenue un véritable prérequis de confiance. Notre certification CE classe IIB et nos publications scientifiques nous permettent de nous différencier sur ce terrain. La sécurité du patient est primordiale pour nous.

Quelles sont les prochaines étapes pour HUVY ?

L. S. : nous souhaitons, dans un premier temps, obtenir le maillage territorial le plus complet possible, pas seulement à l’échelle nationale, mais également européenne. La pénurie de dermatologues ne touche pas uniquement la France, mais aussi des pays voisins. En parallèle, l’obtention du remboursement est un objectif phare. Enfin, nous préparons de nouvelles solutions pour d’autres pathologies dermatologiques, dont nous finalisons actuellement la feuille de route stratégique.

Fiche d’activité

Dénomination : HUVY
Activité : développement de logiciels certifiés d’analyse des lésions cutanées
Effectif : 11 personnes
Utilisateurs : 300 professionnels de santé
Web : huvy.fr
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