
Le climat mondial de ces dernières années impacte particulièrement un secteur d’activité : le BTP. De nombreuses tensions ont été créées par une succession d’événements déstabilisants — crises, confinements, conflits géopolitiques. Les particuliers souhaitent améliorer leurs maisons, la main-d’œuvre devient une denrée rare et les matériaux se font de plus en plus limités. Un cumul de difficultés que nous explique Edith Laurent, gérante de la société SAS Laurent Daniel, qui emploie 12 personnes à Rigny Saint Martin.
Nous sommes une entreprise de charpente couverture. Pour l’heure, nous sommes vraiment tenus par la pénurie de tuiles, ainsi que par des prix qui évoluent très rapidement. Nous avons déjà vécu deux augmentations successives assez élevées et nous en attendons une nouvelle dans les prochaines semaines. La tuile est un matériau qui nécessite beaucoup d’électricité lors de sa production. Les restrictions liées au conflit actuel y jouent un rôle majeur.
Faire un choix de modèle ou de couleur devient difficile. Les délais d’attente en réapprovisionnement vont jusqu’à 8 mois : un record historique, jamais observé auparavant. Ce qui provoque un effet boule de neige. Les échafaudages, soumis à différentes normes et contraintes liées à la certification Qualibat et RGE, sont parfois bloqués sur les chantiers pendant plusieurs semaines, ce qui ralentit l’activité car ils ne peuvent plus être utilisés sur d’autres chantiers.
En parallèle, l’instabilité des prix bouleverse rapidement les devis, qui doivent être établis sur des délais très courts. Les clients aimeraient que le prix du devis corresponde au prix facturé, mais cela s’avère impossible dans le contexte actuel.
La fluctuation des prix demande énormément de travail. Les conditions générales de vente ont été révisées, les délais de validité des devis ont été ajustés et un suivi régulier des prix proposés par les fournisseurs a été mis en place. Un logiciel de comparaison de tarifs a également été adopté, s’avérant très utile au quotidien.
La fidélité paye. De très bonnes relations entretenues de manière récurrente avec les fournisseurs constituent aujourd’hui un avantage concret. À l’heure où les quotas s’imposent, la fidélité est une clé.
La tension au niveau des matériaux va continuer de s’amplifier. La RE2020, entrée en vigueur en 2023, va certainement déstabiliser la profession, voire ralentir fortement les investissements. Même si la crise s’arrête rapidement, les dommages engendrés ne permettront probablement pas de revenir à la situation d’il y a encore trois ans.
Néanmoins, il est nécessaire d’avancer et d’avoir de nouveaux projets. Un travail est déjà engagé avec le conseiller Adheo sur un prévisionnel à 3 ans afin d’investir dans davantage de matériel. Comme le dit Edith Laurent : une entreprise qui ne bouge pas, meurt.
Il est très important de faire preuve de compréhension et d’empathie dans ce climat sous tensions. Prendre du temps pour vivre des moments de convivialité en entreprise, avec ses partenaires et surtout en famille reste essentiel. Il est capital de garder en tête que tout n’est pas seulement professionnel. Se ressourcer est indispensable.
* Introduites par la Loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixent des orientations pour les filières afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050.